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Problèmes «  structurels  » derrière la brutalité

Publié le: 28/11/2020 – 17:46

Une vidéo d’un producteur de musique battu par trois policiers à Paris a relancé le débat sur la brutalité policière en France. Si les syndicats affirment que de tels incidents doivent être traités comme des événements ponctuels isolés, d’autres, comme le chercheur Jacques de Maillard, soulignent des problèmes structurels au sein de l’institution.

Des images « inacceptables » qui « nous font honte »: sur sa page Facebook, le président français Emmanuel Macron n’a pas mâché ses mots dans une publication du 27 novembre dénonçant le comportement des policiers qui ont tabassé et insulté racialement Michel Zecler, 42 ans. ancien producteur de musique noire, dans son studio du 17e arrondissement de Paris. Filmées par une caméra de vidéosurveillance puis diffusées par le site Loopsider, les «15 minutes de coups et d’insultes racistes» ont déclenché un tollé national et contraint le gouvernement à agir. Les policiers ont depuis été suspendus et font actuellement l’objet d’une enquête de la part de l’organe disciplinaire de la police.

L’agression contre Zecler survient dans un contexte de tensions accrues liées à la violence policière. Le 23 novembre, la police a frappé des manifestants, dispersé des gaz lacrymogènes et chassé des personnes hors des tentes et dans la rue tout en nettoyant violemment un camp de fortune composé principalement de migrants afghans sur la place de la République. Le lendemain, le Parlement a voté pour aller de l’avant avec un nouveau projet de loi sur la sécurité qui, selon les critiques, pourrait rendre illégal pour les journalistes ou les passants de filmer des cas d’inconduite policière.

Pour tenter de comprendre les racines structurelles de ces exactions policières, . s’est entretenue avec Jacques de Maillard, chercheur spécialisé dans les questions policières et directeur du CESDIP (Centre de recherche sociologique sur le droit et les institutions pénales).

.: Cette attaque extrêmement choquante intervient à un moment où le gouvernement tente d’interdire la diffusion de vidéos de policiers en service avec la nouvelle loi sur la sécurité proposée. Comment interprétez-vous le moment de ces événements?

Jacques de Maillard: Il y a là une ironie vraiment tragique. Cette flambée de violence, qui n’est ni légitime ni proportionnée, montre une fois de plus à quel point la transparence est essentielle en matière de police. D’autant plus que la vidéo permet ici de contester la fausse déclaration des policiers. Cette affaire est particulièrement choquante et a provoqué à juste titre une très forte réaction émotionnelle mais ce n’est pas un incident isolé. Plusieurs vidéos ont été diffusées en 2020 qui illustrent ce genre de cas, dont celui de Cédric Chouviat, le livreur décédé lors d’un arrêt de police en janvier; les propos racistes des policiers de la Seine-Saint-Denis en avril; ou la violence excessive affichée lors de l’évacuation du camp de migrants de la place de la République le 23 novembre. Au-delà des facteurs émotionnels et de l’ironie de la situation, la récurrence d’événements comme ceux-ci met en évidence un problème structurel qui ne peut être atténué, car la police disent souvent, à des actes isolés par des individus qui doivent être punis.

Ces explosions violentes et racistes sont-elles liées à un problème de recrutement au sein des forces de police, ou à l’encadrement des agents sur le terrain?

Tout d’abord, rappelons-nous que la plupart des interventions policières se déroulent sans problème majeur. Cependant, il existe des problèmes structurels en termes de recrutement, de formation, de philosophie et de gestion. Nos études montrent que de nombreuses personnes choisissent de rejoindre la police pour de nobles raisons: la protection des citoyens et le goût de l’action. L’institution promeut cette version héroïque du métier, mais la réalité est très éloignée du mythe. Les officiers sur le terrain ont parfois l’impression d’essayer de vider la mer avec une cuillère, sans le soutien de leurs commandants et sous les critiques constantes du monde extérieur. Le travail est épuisant, frustrant et engendre du ressentiment. Cette spirale conduit certains policiers à vouloir se faire justice eux-mêmes, un schéma que nous constatons fréquemment.

Des problèmes ont également été identifiés lors des sessions de recrutement, notamment avec des panels qui se sont concentrés sur la question de savoir si la recrue serait un bon collègue, tandis que les questions de savoir-faire et de relations interpersonnelles, absolument cruciales pour le poste, ont été reléguées au second plan.

Enfin, les problèmes sont exacerbés en région parisienne en raison de la démographie. La plupart des policiers viennent des provinces et veulent y retourner. Au début de leur carrière, ils se retrouvent à travailler dans des quartiers complexes qu’ils ne connaissent pas et où ils ne veulent pas forcément être. Cette situation engendre un fort taux de rotation du personnel et une pénurie de personnel, en particulier chez les superviseurs locaux comme les brigadiers, renforçant le sentiment de désorientation et d’abandon des jeunes recrues.

La question du racisme est également un enjeu: les policiers ne sont pas tous racistes, bien sûr, mais leurs conditions de travail peuvent les conduire à adopter des stéréotypes négatifs sur les populations minoritaires, qui se traduisent par des pratiques discriminatoires.

Bien que l’institution soit extrêmement hiérarchisée, les policiers accomplissent de nombreuses actions et activités au quotidien sans aucune surveillance de leurs supérieurs. Cette marge de manœuvre peut être très positive, mais elle peut aussi conduire à de graves abus.

Le ministre de l’Intérieur est-il en partie responsable de cette situation?

Le ministre joue un rôle d’équilibriste complexe. Il doit à la fois soutenir la police et insister pour qu’elle respecte les droits de la population. Ces deux exigences peuvent devenir contradictoires, comme dans le cas de Gérald Darmanin, dont le soutien inconditionnel à la police lui revient désormais comme un boomerang. Après avoir dit en juillet qu’il «s’étouffait» en entendant le mot «violence policière», comment peut-il gérer aujourd’hui ce type de scandales? D’autant que ses propos, comme la position du gouvernement, peuvent avoir un effet sur le comportement de la police. En minimisant leur responsabilité, il aggrave le problème car il véhicule une image négative de la relation entre la police et la population. Darmanin a dû s’entendre avec la police parce que son prédécesseur avait été fortement critiqué par les syndicats. Cependant, cette stratégie politique à court terme ne résoudra pas les problèmes sous-jacents de la tension entre la police et la population. Aujourd’hui, le défi est celui de la réorganisation; le système doit être complètement réévalué, en commençant par les pratiques sur le terrain et en privilégiant les bonnes relations avec le public et l’usage proportionné de la force. L’institution policière doit faire quelque chose contre le cynisme qui se répand parmi la police et qui conduit parfois à des tragédies.

Cette pièce a été traduite de l’original en français.

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