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Macron sollicite le soutien du cabinet pour une nouvelle loi contre l’extrémisme islamiste

Émis le: 09/12/2020 – 08:21

Le président français Emmanuel Macron demandera mercredi la bénédiction de son cabinet pour un projet de loi ciblant ce qu’il qualifie de «séparatisme» islamiste, dont certains craignent qu’il stigmatise la communauté musulmane française, la plus grande d’Europe.

Le texte s’appelait à l’origine le projet de loi «anti-séparatisme», un terme utilisé par Macron pour désigner les islamistes radicaux se retirant de la société dominante. Suite à la critique de ce terme, il est maintenant appelé «projet de loi pour renforcer les valeurs républicaines», principalement la laïcité et la liberté d’expression.

La loi était en cours d’élaboration avant le meurtre en octobre de Samuel Paty, un enseignant du lycée qui a été attaqué dans la rue et décapité après avoir montré des caricatures du prophète Mahomet dans un cours d’éducation civique.

Mais le meurtre, commis par un Tchétchène de 18 ans après une virulente campagne sur les réseaux sociaux contre l’enseignant, a donné un nouvel élan au projet de loi. Cela a incité à inclure les crimes spécifiques de discours de haine en ligne et de divulgation d’informations personnelles sur Internet.

Le meurtre horrible de Samuel Paty a profondément secoué la nation française. Le meurtre horrible de Samuel Paty a profondément secoué la nation française.
Le meurtre horrible de Samuel Paty a profondément secoué la nation française. © Charles Platiau, .

La mort de Paty fait partie d’une série d’attaques d’inspiration djihadiste en France, notamment les fusillades de 2015 au magazine satirique Charlie Hebdo et à la salle de concert du Bataclan; et les coups de couteau dans une église de la ville méditerranéenne de Nice la même année. Nice a également été le théâtre d’une attaque en 2016 qui a tué 86 personnes lorsqu’un homme a percuté un camion dans les fêtards du 14 juillet.

Reconnaissant que la radicalisation islamiste peut être locale comme importée, le gouvernement cible les associations et les mosquées en France qu’il soupçonne de répandre l’idéologie djihadiste.

Scolarité, polygamie

La loi permettrait de les empêcher plus facilement de recevoir des financements étrangers et offrirait également une protection aux dirigeants communautaires modérés qui risquent d’être renversés par un « putsch » extrémiste.

Le projet de loi, coparrainé par le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin et le ministre de la Justice Éric Dupond-Moretti, propose également des critères plus stricts pour autoriser la scolarisation à domicile des enfants de plus de trois ans dans le but d’empêcher les parents de retirer leurs enfants des écoles publiques et de les inscrire. dans les structures islamiques souterraines.

Les médecins, quant à eux, seraient condamnés à une amende ou à une peine de prison s’ils effectuaient un test de virginité sur des filles.

La polygamie est déjà interdite en France, mais la nouvelle loi interdirait également aux autorités de délivrer des titres de séjour aux candidats polygames.

Il faudrait également que les responsables de la mairie interrogent les couples séparément avant leur mariage pour s’assurer qu’ils ne sont pas forcés de se marier.

Ne pas «  favoriser le racisme  »

Macron est devenu la cible de violentes manifestations dans certains pays musulmans, au milieu d’appels au boycott des produits français, pour sa défense du droit au blasphème et son affirmation selon laquelle l’islam est « en crise dans le monde ».

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a qualifié le projet de loi de « provocation ouverte », tandis que les universitaires de la prestigieuse institution islamique sunnite égyptienne, Al-Azhar, ont qualifié les vues de Macron de « racistes ».

Macron a également été contraint sur la défensive par des titres critiques dans des médias anglophones influents, tels que le Financial Times et le New York Times.

Un article d’opinion publié sur le FT puis retiré de son site Internet l’a accusé de favoriser un «environnement hostile» pour les musulmans français.

« Je ne permettrai à personne d’affirmer que la France, ou son gouvernement, encourage le racisme contre les musulmans », a écrit Macron dans une lettre en colère au journal.

>> «Légitimer» la violence? Macron s’attaque à la presse anglo-américaine

Débat de laïcité

Les musulmans en France – dont les anciennes colonies comprennent des pays à prédominance musulmane en Afrique du Nord et de l’Ouest ainsi qu’au Moyen-Orient – sont estimés à près de quatre millions, soit environ 6% de la population.

Les gouvernements français ont souvent été en contradiction avec les traditions musulmanes lorsqu’ils étaient perçus comme allant à l’encontre des valeurs françaises fondamentales ou comme un obstacle à l’intégration. Le sujet a intensifié les différends entre des conceptions rivales de la laïcité française, ou laïcité, qui sont en désaccord sur jusqu’où l’État devrait aller pour affirmer la neutralité religieuse dans la sphère publique.

En 2004, une loi interdisait le foulard dans les écoles françaises, suivie six ans plus tard de la soi-disant «interdiction de la burqa», interdisant le port du voile intégral en public. Plus récemment, certaines stations balnéaires du sud de la France ont interdit aux femmes musulmanes de se rendre sur les plages si elles portaient des «burkinis» intégraux.

Selon une enquête sur la population musulmane de France, publiée par l’institut Ipsos plus tôt cette année, 77% ont déclaré n’avoir eu aucun mal à pratiquer leur religion en France. Cependant, la même enquête a révélé que 44% des musulmans français estiment que le reste de la société les considère peu. Ce chiffre est passé à 61% parmi les musulmans vivant dans des ménages gagnant moins que le salaire minimum.

>> ‘L’islam est hyper-politisé en France, mais les musulmans ne font pas partie du débat’

Une fois que, comme prévu, le cabinet aura soutenu le projet de loi, il se rendra au parlement au début de l’année prochaine pour ce qui promet d’être un débat houleux.

Le Conseil d’État français, qui conseille le gouvernement et l’Assemblée nationale sur les futures lois, a déjà signalé que certaines parties du projet de loi, en particulier sur l’éducation, pourraient entrer en conflit avec le principe de la liberté de choix inscrit dans la Constitution française.

(. avec .)

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