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Le transport fluvial renaît? – Terre à terre

Publié le: 04/01/2021 – 13: 55Modifié: 04/01/2021 – 14:14

Ils percent le cœur de la plupart des villes, mais leur potentiel est souvent négligé. Les fleuves offrent désormais un mode de transport moderne et une manière plus propre de livrer les marchandises. L’équipe Down to Earth y regarde de plus près.

Le secteur des transports est responsable de 24% des émissions mondiales de CO2 et il est également fortement responsable de la pollution dans les villes, les voitures et les camions générant la grande majorité des gaz à effet de serre. Les trains sont souvent présentés comme l’alternative évidente au transport de marchandises et de colis, mais les bateaux sont rarement proposés comme solution malgré de nombreux avantages. Un bateau consomme jusqu’à cinq fois moins de CO2 par tonne transportée, trois à quatre fois moins d’énergie. Plus important encore, il libère moins de particules d’air dans l’atmosphère.

Strasbourg, une ville modèle pour le transport fluvial

C’est pourquoi Thomas Castan a créé Urban Logistic Solutions, une entreprise de livraison de bateaux dans l’est de l’Alsace en France. Située sur le Rhin, Strasbourg sert de modèle pour la manière dont les villes peuvent utiliser les voies navigables pour limiter le trafic et la pollution de l’air, ayant interdit les camions de plus de 7,5 tonnes du centre-ville. Les bateaux sont désormais venus remplacer les camionnettes, qui ne peuvent livrer des marchandises que jusqu’à 10h30.

Les bateaux de l’entreprise peuvent rejoindre le centre-ville en moins de 30 minutes, transportant jusqu’à 122 tonnes de marchandises. «C’est l’équivalent de 150 fourgonnettes», explique Castan. « Il peut résoudre une grande partie du problème de pollution, ainsi que des problèmes de congestion et de circulation. »

Une fois le bateau accosté devant la cathédrale de Strasbourg, le voyage se poursuit sur des vélos électriques pouvant transporter des charges de 180 kg. L’entreprise a même commencé à livrer des fournitures aux chantiers de construction.

«C’est incroyablement rapide, incroyablement facile et pas du tout gênant pour les résidents», explique Castan, ajoutant que sur le chemin du retour, les livreurs emportent également des déchets recyclables avec eux. Le jeune PDG est convaincu que ce modèle pourrait facilement être mis en œuvre dans toute l’Europe, dans des villes construites le long des fleuves: Paris, Bordeaux, Lyon et bien d’autres.

Les voies navigables font un retour

Pour Dominique Ritz, il n’est pas étonnant que le transport fluvial fasse son grand retour: «Utiliser le fleuve est en effet un mode de transport très ancien. C’est un mode qui a été oublié mais aujourd’hui il renaît car il y a des bénéfices pour la communauté.

En tant que directeur de Waterways France (VNF), Ritz gère tout un réseau de rivières à travers le pays. Ces dernières années, il a été témoin de l’augmentation régulière du transport de marchandises par bateau: une augmentation de 5 et 10% du trafic en 2018 et 2019 respectivement. La pandémie de coronavirus a ralenti la croissance, mais Ritz dit qu’il y a un grand potentiel d’évolution. «Pour vous donner une idée, sur la Seine nous transportons 20 millions de tonnes aujourd’hui, nous pourrions multiplier le trafic par trois ou quatre sans modifier nos infrastructures», explique-t-il.

Les rivières pourraient être transformées en autoroutes. Et contrairement aux routes principales, elles pourraient également être utilisées comme espace de loisirs, à condition que les bateaux passent à des sources de carburant moins polluantes. «Les bateaux d’aujourd’hui sont principalement propulsés par des moteurs diesel, ils émettent donc des gaz à effet de serre et des particules fines», explique Ritz. « Cela dit, un moteur de bateau est tout à fait comparable à un moteur de camion. Quand vous prenez un bateau qui pèse 4 000 tonnes, il transportera l’équivalent de 200 camions. Les émissions sont extrêmement réduites. »

La pièce manquante du réseau fluvial français

Un autre projet est en cours depuis les années 1990: une liaison fluviale majeure entre la France et la Belgique, le canal Seine-Nord Europe.

«Il y a une urgence environnementale pour réduire la pression et le trafic sur les routes et autoroutes», fait valoir Pierre-Yves Biet, ingénieur en charge du projet. « C’est le chaînon manquant, la pièce manquante du réseau fluvial français. »

Avec 107 km de long, 60 mètres de large, avec 60 ponts et six vannes, ce sera une prouesse d’ingénierie majeure. Le trafic fluvial devrait se multiplier par quatre quelques années après sa mise en service en 2028. Les bateaux qui naviguent sur le canal du Nord transporteront 15 millions de tonnes de marchandises par an, soit l’équivalent de 500 000 à un million de camions de moins sur la route.

«Vous pouvez voir l’avantage, d’un point de vue écologique en termes d’émissions de CO2 mais aussi d’un point de vue bruit pour les habitants», conclut Biet.

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