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Économies d’énergie: chauffer les maisons, refroidir la planète

Délivré le: 15/01/2021 – 16:47

En matière d’efficacité énergétique, la France est en retard sur ses voisins européens, derrière l’Allemagne, la Suède, le Royaume-Uni et les Pays-Bas. Près de sept millions de Français vivent dans des résidences dites «passoires énergétiques» ou tamis énergétiques. Ces maisons ont une cote énergétique de F ou G, ce qui signifie qu’il fait trop froid en hiver, trop chaud en été et surtout, cela augmente considérablement l’empreinte carbone du pays.

Une balade «  photo thermale  »

Paris s’est engagé à rendre tous ses bâtiments économes en énergie d’ici 2050. Pour ce faire, la ville devra multiplier par 20 le rythme de rénovation dans les années à venir. C’est un défi de taille, renforcé car dans une ville comme Paris, le patrimoine architectural est un facteur supplémentaire à considérer.

À l’aide d’une caméra thermique, Down to Earth a accompagné Nabil Zenasni de l’Agence du climat de Paris dans une promenade dans une rue parisienne typique. La caméra révèle quels bâtiments dégagent de grandes quantités de chaleur, le rouge et l’orange indiquant une perte de chaleur et le bleu suggérant une isolation adéquate. Par exemple, les bâtiments patrimoniaux de style haussmannien dégagent souvent de la chaleur à travers les portes et les fenêtres s’ils n’ont pas été rénovés. «Nous avons commencé à imposer l’isolation des bâtiments à Paris en 1974. L’écrasante majorité des bâtiments parisiens ont été construits avant cette époque, ce qui signifie qu’un très grand nombre de bâtiments ne sont pas isolés», explique Zenasni.

Réhabiliter ou démolir?

Les équipes en charge de la rénovation des immeubles parisiens se posent systématiquement une question importante. « Est-ce que nous rénovons ou démolissons et reconstruisons-nous? » explique Hélène Schwoerer, directrice adjointe de Paris Habitat, un organisme public qui gère les logements sociaux de la ville. Pour des raisons patrimoniales, les travaux d’isolation doivent être réalisés de l’intérieur. Par exemple, il est interdit de modifier la façade en brique d’un immeuble des années 1930. Les efforts d’isolation sont plutôt axés sur l’utilisation de matériaux biosourcés tels que le chanvre et le bois.

 » On parle ici d’édifices patrimoniaux qui peuvent faire partie d’une ville durable, que l’on peut changer et faire évoluer. J’espère qu’avec le travail accompli aujourd’hui, nous avons commencé un nouveau cycle de vie de 50, 60 ou même 70 ans  », conclut Schwoerer.

Une façade faite d’algues

La ville pourrait-elle changer de visage en 70 ans? C’est une des idées avancées par Anouk Legendre, architecte de l’agence XTU.

Son équipe a conçu des bio-façades qui sont comme des aquariums plats avec de l’eau et des microalgues à l’intérieur, avec l’avantage supplémentaire d’améliorer l’efficacité énergétique.

«C’est un espace tampon qui protège de la chaleur et du froid, qui optimise l’isolation du bâtiment et réduit de moitié la consommation», explique l’architecte.

Pour des raisons patrimoniales, ce type de projet ne fonctionnerait pas sur les bâtiments historiques de Paris, mais il peut s’appliquer à des constructions neuves ou à des bâtiments plus modernes comme les tours d’affaires du quartier de La Défense. Plusieurs projets sont déjà en cours, le plus récent étant un immeuble résidentiel au centre de Paris.

La chaleur supplémentaire captée par la bio-façade peut être utilisée dans le bâtiment, par exemple pour les réservoirs d’eau chaude, et les microalgues qui se multiplient à l’intérieur peuvent fournir une source de nourriture et potentiellement de médicaments pour la ville de demain.