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L’ancien Premier ministre français Balladur passe en jugement pour des allégations de pots-de-vin sur «  l’affaire Karachi  »

Délivré le: 19/01/2021 – 08:11

L’ancien Premier ministre français Edouard Balladur est jugé mardi pour avoir utilisé des pots-de-vin provenant d’accords d’armement dans les années 1990 pour financer une élection présidentielle ratée, une affaire connue sous le nom d ‘«affaire Karachi».

Balladur, 91 ans, rejoint une longue liste de hauts responsables politiques français poursuivis pour de prétendus méfaits financiers, dont les anciens présidents Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy.

L’ancien Premier ministre conservateur sera jugé par la Cour de justice de la République, un tribunal spécial dédié à l’audition des cas de faute ministérielle.

Son ancien ministre de la Défense François Léotard, 78 ans, sera également à la barre, bien que sa présence à l’ouverture du procès soit incertaine en raison de sa maladie.

Balladur comparaîtra au tribunal mardi « pour faire face à ses juges et répondre à leurs questions », a déclaré son avocat Félix de Belloy.

Les deux hommes ont été inculpés en 2017 de « complicité dans l’utilisation abusive des biens de l’entreprise » pour la vente de sous-marins au Pakistan et de frégates à l’Arabie saoudite entre 1993 et ​​1995, lorsque Balladur était Premier ministre dans les dernières années de la présidence de François Mitterrand.

Les pots-de-vin sont estimés à 13 millions de francs, valant désormais quelque 2,8 millions d’euros (3,3 millions de dollars).

La somme aurait inclus une injection de trésorerie d’environ 10 millions de francs à la campagne présidentielle infructueuse de Balladur en 1995, qui l’a vu perdre face à son rival conservateur Chirac.

Balladur, qui est également accusé d’avoir cherché à dissimuler les crimes, a nié tout acte répréhensible, affirmant que les 10 millions de francs provenaient de la vente de t-shirts et d’autres articles lors de rassemblements électoraux.

Ces allégations ont été révélées au cours d’une enquête sur un attentat à la bombe de 2002 à Karachi, au Pakistan, qui visait un bus transportant des ingénieurs français.

Quinze personnes ont été tuées, dont 11 ingénieurs travaillant sur le contrat sous-marin.

Le réseau terroriste d’Al-Qaïda a été initialement soupçonné de l’attaque, mais l’attention s’est ensuite tournée vers l’accord sur les armes alors que les enquêteurs ont examiné si l’attentat à la bombe pouvait être une vengeance pour la décision de Chirac de suspendre le paiement des commissions pour les transactions d’armes peu après avoir battu Balladur dans le vote présidentiel.

‘Réseau opaque’

Léotard est accusé d’avoir créé un «réseau opaque» d’intermédiaires pour les contrats signés avec le Pakistan et l’Arabie saoudite.

L’ex-Premier ministre est également chargé de charger le ministère du Budget – dirigé à l’époque par Sarkozy – d’approuver les garanties de l’État pour les contrats «insuffisants ou sous-financés», en raison des pots-de-vin allégués.

Les enquêteurs affirment que les dépôts en espèces dans le fonds de campagne de Balladur ont coïncidé avec les voyages en Suisse de Ziad Takieddine, un intermédiaire libano-français actif depuis longtemps dans les cercles de droite français.

Takieddine a fui au Liban en juin dernier après qu’un tribunal parisien l’ait condamné ainsi qu’un autre intermédiaire, Abdul Rahman el-Assir, à cinq ans de prison pour leur rôle dans l’affaire Karachi.

L’ancien directeur de campagne de Balladur, Nicolas Bazire, a été condamné à trois ans de prison par le même tribunal, tout comme le conseiller de Léotard, Renaud Donnedieu de Vabres.

Thierry Gaubert, conseiller de Sarkozy au ministère des Finances et ancien cadre de l’entrepreneur naval DCN (rebaptisé depuis Naval Group), a été condamné à deux ans de prison. Tous ont fait appel des décisions.

Takieddine a déclaré aux juges en 2013 qu’il avait participé au financement secret de la campagne de Balladur après avoir été sollicité par Bazire et Gaubert, bien qu’il se soit rétracté six ans plus tard.

En novembre, Takieddine a également repris son affirmation selon laquelle il avait livré des valises transportant un total de cinq millions d’euros (6 millions de dollars) du dictateur libyen Mouammar Kadhafi au chef de cabinet de Sarkozy en 2006 et 2007, pour aider sa campagne présidentielle réussie.

Sarkozy a nié les allégations et les enquêtes sur cette affaire se poursuivent.

(. avec .)

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