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Après le scandale d’inceste de Duhamel, les législateurs français tentent de briser l’omerta

Délivré le: 21/01/2021 – 16:33

Les sénateurs français ont commencé jeudi à étudier un nouveau projet de loi visant à renforcer les lois du pays sur les abus sexuels contre les enfants, y compris des sanctions plus sévères pour la non-dénonciation de tels crimes. Les changements font suite à un scandale d’inceste qui a fait tomber l’un des intellectuels les plus éminents de France après avoir été accusé d’avoir abusé sexuellement de son beau-fils.

Si le nouveau projet de loi est adopté, toute relation sexuelle avec un enfant de moins de 13 ans – qu’elle soit considérée comme consensuelle ou non – sera criminalisée et passible de 10 ans de prison et 150 000 euros d’amende. Le projet de loi comprend également une proposition visant à prolonger le délai de prescription pour le viol d’enfants, de 30 ans après que la victime a atteint l’âge de 18 ans, à 40 ans.

Mais à l’approche du vote du Sénat, le projet de loi a été renforcé par un ajout important: l’augmentation du délai de prescription pour la non-dénonciation de tels crimes. Quiconque témoigne ou a connaissance d’abus sexuels sur un mineur peut être tenu responsable de son silence pendant 10 ans après que la victime a atteint l’âge de 18 ans. Dans le cas d’infractions sexuelles plus graves, il pourrait être tenu responsable pendant 20 ans après le la victime a 18 ans. Le délai de prescription est actuellement fixé à six ans.

L’ajout de dernière minute marque une rupture importante avec la tradition française de longue date et souvent critiquée d’omerta (code du silence) sur le thème de l’inceste, un sujet propulsé sous les projecteurs au début du mois après Camille Kouchner, la belle-fille de l’éminent Le politologue Olivier Duhamel, a publié un livre dans lequel elle accusait Duhamel d’avoir abusé de son frère jumeau pendant plusieurs années, à partir de l’âge de 14 ans.

En France, les abus sexuels commis par des membres de la famille non liés au sang sont considérés comme incestueux. Près d’un Français sur 10 a été victime d’inceste, selon une récente enquête de l’institut de sondage français Ipsos.

Dans son livre, «La Familia Grande», Kouchner révèle que des dizaines d’amis intellectuels de gauche de sa mère – dont certains sont des noms familiers en France – étaient au courant des abus mais ont choisi de se taire.

« Bien sûr, je pensais que mon livre pouvait sembler obscène à cause de la renommée de ma famille. Ensuite, je me suis dit que c’était exactement ce qu’il fallait faire », a-t-elle déclaré dans une interview à l’hebdomadaire français L’Obs.

Briser le silence

Le livre de Koucher a déclenché une vague de réactions sur Twitter sous le hashtag #MeTooInceste, qui a recueilli des dizaines de milliers de tweets depuis sa première apparition sur la plateforme de médias sociaux à la fin de la semaine dernière. Alors que la tempête Twitter a encouragé de nombreuses victimes à se manifester et à briser leur silence, elle a également suscité de vives condamnations de témoins protégeant les auteurs par leur silence.

La Première Dame française Brigitte Macron a déclaré dimanche à la chaîne de télévision française TF1: « Il est absolument nécessaire que ces actions soient connues et que ces actions ne soient pas réduites au silence. »

Suite aux accusations portées contre lui, Duhamel a annoncé sa démission de tous ses postes, y compris à la tête de la Fondation nationale des sciences politiques (FNSP), organisme qui supervise la très prestigieuse université de Sciences Po.

« Je démissionne de mes postes après avoir été la cible d’attaques personnelles car je veux préserver les institutions dans lesquelles je travaille », a écrit Duhamel dans un tweet.

Camille Kouchner, 45 ans, et son frère jumeau sont les enfants de Bernard Kouchner, ancien ministre français des Affaires étrangères et co-fondateur de l’association médicale Médecins sans frontières (MSF), et de l’université Evelyne Pisier, décédée en 2017.

(. avec .)