Benedetta ou l’irrévérence magistrale de Paul Verhoeven (critique)

Benedetta, dernier film de Paul Verhoeven

Paul Verhoeven, le cinéaste néerlandais de bientôt 83 ans, a mis le public à ses pieds dans tous les cinémas où a été projetée sa dernière merveille : Benedetta, une adaptation du roman de Judith C. Brown, Sœur Benedetta, entre sainte et lesbienne. Au Festival de Cannes 2021, même constat, personne ne reste indifférent au dernier chef-d’oeuvre de Verhoeven.

Benedetta, dernier film de Paul Verhoeven

Il y raconte l’histoire d’une nonne, Benedetta (époustouflante Virginie Efira), qui vit dans un monastère cloîtré et vit entre extase et tourment les visions continuelles qu’elle a de Jésus-Christ. L’arrivée d’une jeune fille fuyant les abus et les viols de son père, Bartolomea (Daphné Patakia), va éveiller chez l’un et l’autre une sexualité latente qui finira par inonder l’écran d’une série d’actes obscènes que je ne me souviens pas, pour ma part, d’avoir vus auparavant.

S’il ne s’agissait que de scandaliser le public par la manière sexuelle de représenter les ébats torrides de deux nonnes, le film serait sans doute amusant et irrévérencieux, mais Paul Verhoeven pousse encore plus loin son idéologie et son iconographie de la perversion pour réaliser quelque chose de vraiment rarement vu sur grand écran. En effet, dans Benedetta, le réalisateur de Basic Instinct (1992) cherche à corrompre les dogmes de la foi catholique en les faisant passer par une série de stigmates, de fouets et de blasphèmes qui font communier la chair et le sang, tournant le sens du mystique à 180 degrés et faisant du péché la véritable voie du salut.

benedetta-virginie-efira-paul-verhoeven

Paul Verhoeven a fait de son film religieux un exorcisme du satanique sans que le diable soit visible, se rapprochant autant du cauchemar mystique de Narcisse noir (1947) que du pacte sexuel d’Alucarda (1977). De plus, Benedetta est un film truffé d’images fétiches que seuls des cinéastes fêlés comme Abel Ferrara ou Joe D’Amato pourraient inventer – une jeune novice tétant le sein d’une statue de vierge, un sex-toy sculpté dans une statuette sacrée, les caresses sur des corps nus à travers un voile, un ciel rougi qui semble annoncer l’arrivée des enfers ?

Tout cela, posé comme un exercice cinématographique super-parfait, formidablement intelligent et malveillant, destiné à révolutionner ces temps où l’asphyxie du politiquement correct inonde tout ce que nous voyons, touchons et ressentons. Mais, attention, le film pourrait aussi être vu comme l’inverse viscéral et vengeur du martyre de Jeanne d’Arc, c’est-à-dire la conquête de la sainteté non pas par l’expiation des péchés, mais précisément par la culmination parfaite de tous. Formidable. Incroyable. Barbare. Et que ce chef-d’œuvre vienne du même cinéaste qui nous a donné des films aussi incroyables et populaires que Le Quatrième Homme (1983), RoboCop (1987), Total Recall (1990), Starship Troopers (1997), Black Book (2006), Elle (2012)… c’est juste incroyable.

Benedetta - Bande-annonce officielle HD

Benedetta est actuellement à l’affiche dans les cinémas en France depuis ce vendredi 9 juillet 2021 avec Virginie Efira dans le rôle-titre avec à ses côtés Charlotte Rapling, Daphné Patakia, Hervé Pierre et Lambert Wilson.

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